La prophétie autoréalisatrice : ou comment se saborder soi-même ?

Bonjour Sébastien, alors avez-vous pu gérer vos émotions de la dernière fois ?

Bonjour Mélody ! Et oui, j’ai réussi à ne pas réagir avec une hyper-sensibilité, c’est-à-dire que j’ai eu une émotion adaptée au contexte, donc par exemple je n’ai pas été en colère au lieu d’être inquiet, et mon émotion était aussi adapté sur son intensité : ni trop forte, ni trop faible.

D’ailleurs, j’en ai fait une sorte de mantra du genre « j’ai la capacité à ressentir la bonne émotion avec la bonne intensité », mantra que je me répète en boucle, en espérant que cela marche…


Ah, vous voulez dire que vous tentez de pratiquer la prophétie auto-réalisatrice en espérant que cela fonctionne…

Oui, c’est à peu près ça… C’est ce qu’on appelle l’effet pygmalion quand c’est positif, et effet Golem quand c’est négatif.

Vous savez, il y a eu de nombreuses études en psychologie sociale qui ont été réalisées sur ce sujet, en donnant par exemple des grenouilles à disséquer à des étudiants.

A un groupe on leur disait qu’il n’y avait pas grand-chose d’intéressant dans ces grenouilles, et les étudiants n’ont effectivement rien trouvé de particulièrement intéressant.

A l’autre groupe, on leur a donné des grenouilles en leur disant que celles-ci détenaient des caractéristiques particulières, et les étudiants ont trouvé des éléments très intéressants.

Or, on leur avait donné les mêmes grenouilles,

mais

pas le même message…


Cela signifie que le discours que l’on porte sur les choses, sur les situations, sur les actions à venir peut influencer ce que les gens vont penser ou faire, malgré l’objectivité des faits devant eux ?

Oui, c’est exactement ça !

Une autre expérience a demandé a un groupe de garçon et de filles de dessiner des figures géométriques, et on a noté que les garçons ont nettement mieux réussi les figures que les filles.

Puis on a demandé à un autre groupe de garçons et de filles de faire des dessins précis, et là, ce sont les filles qui ont nettement mieux réussi les dessins que les garçons.


Est-ce que cela signifie que les garçons sont meilleurs en géométrie et les filles meilleures en dessins ? Que les garçons sont plus « logiques » et les filles plus « artistes » ?

On pourrait le croire, en effet, et en tirer des conclusions hâtives sur les qualités inhérentes au fait d’être garçon ou fille. Mais ce serait oublier qu’en réalité, on a donné les mêmes choses à dessiner à tous les groupes, et que c’est seulement le discours qui a présenté la tâche à faire qui a été changé :

- d’un côté on a demandé de faire de la géométrie,

- de l’autre côté on a demandé de faire du dessin.


Alors si les productions à réaliser étaient les mêmes, et que seul le discours tenu dans la consigne était différent, cela indique que la consigne, avec ce qu’elle a d’implicite dans nos représentations sociales et de genre, d’une supposée maîtrise d’une discipline selon les sexes, eh bien ce discours a activé des représentations sociales fausses sur les capacités ou incapacités selon les sexes.


Et les participants aux tests ont suivi ces représentations fausses qui les rendait capables ou incapable de réaliser soit des figures géométriques, soit des dessins, alors qu’il s’agissait des mêmes tâches graphiques !


Comme quoi, on peut provoquer chez les gens des situations qui sont contraires à leurs capacités, juste parce qu’on les a mis dans des cases limitantes, au lieu de les mettre dans des cases qui les développeraient !

Oui… D’ailleurs, ça me fait penser à notre situation économique actuelle. Vous savez, on parle de pénurie dans plein de domaines de l’industrie. Eh bien, j’étais mi-janvier en Charentes Maritimes en visite d’un vigneron qui produit du vin blanc, du vin rouge et du cognac. C’est un sujet qui m’intéresse car j’ai moi-même une petite vigne avec ma compagne, et nous faisons notre vin nous-même.

Avec ce vigneron, on a donc parlé taille de la vigne, cépages, fermentation alcoolique. Il m’a fait gouter ses vins, dont celui qui sert à faire le cognac, donc un vin blanc avant qu’il ne soit distillé puis vieilli en fûts. Et nous en sommes arrivés à parler de la situation économique actuelle, en lien avec le covid.


Et que vous a-t-il dit de particulier ?

Eh bien, il a des problèmes d’approvisionnement en bouteilles pour faire ses mises en bouteilles de ses vins et de ses alcools, des problèmes pour avoir des étiquettes à coller sur les bouteilles, mais aussi pour avoir des poteaux métalliques que l’on met dans les vignes.

Et ce qu’il m’a expliqué, c’est que les fabriquant ont fermé leurs usines au 1er confinement en bénéficiant des aides de l’État pour le chômage. Sauf que les vignerons, eux, ils n’ont évidemment pas pu fermer les vignes…


Eh oui, le raisin à continué de pousser, ils ont vendangé et ont fait du vin puis de l’alcool.


Or, le stock de bouteilles vides est devenu tendu car si les fabricants ont pris les aides de l’Etat pour arrêter les productions, ils ont néanmoins vendu leur stock.


Dans certains secteurs liés à la viticulture, ils vendent même leur stock de fournitures de 2019 aux prix de 2021, c’est-à-dire 30% cher du fait de la tension du marché… alors qu’ils avaient bénéficié des aides…


Donc, marché tendu, crainte de rupture de stock, alors les vignerons achètent plus de bouteilles que nécessaire pour palier une éventuelle rupture de stock.


Et il y a pénurie ! Donc, ils avaient raison d’acheter plus que de raison puisqu’il y a maintenant pénurie…


Eh oui, cela devient absurde…

D’ailleurs, on retrouve la question de la dernière fois sur la perception des situations, des sentiments que nous développons sur la situation, et de l’analyse raisonnée ou déraisonnée que nous en faisons, laquelle nous conduira à prendre des décisions.

Exactement. C’est comme pour l’achat de papier hygiénique ou de farine au 1er confinement qui a fait que des gens ont eu 6 mois de stock quand d’autres n’avaient que le minimum, ou en manquaient…


Ainsi, retenons que se laisser guider par la peur, que ce soit la peur de manquer de bouteilles, de papier hygiénique, ou la peur de rater de la géométrie ou un dessin, et que cette peur vienne de nous ou du discours d’autrui qui représente ou exerce une autorité sur nous, que ce soit à coup de sanctions ou d’incitations extrêmement fortes, eh bien cela ne rend service à personne, sauf à celui qui distille la peur…

Car on ne fait grandir sereinement et de façon équilibrée aucun enfant, aucun élève, aucun collaborateur, avec une politique éducative ou managériale basée sur la peur.

Bien au contraire…


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